samedi 3 mars 2012

Intermède

Grisaille de février.
Hiver interminable et froid.
S’envoler un temps vers d’autres cieux.
Destination : République dominicaine.


Mer émeraude bordée de cocotiers.
Voûte céleste sans nuage.
Sable fin, soleil chaud.
Faire le plein de vitamines.

Lire à l’ombre des palmiers,
près de la longue piscine
serpentant dans un jardin fleuri.
Dany Laferrière m’accompagne.

Des naïades sans âge
glissent silencieusement
se laissant emporter
par l’onde et le plaisir.

Marcher pieds nus sur la plage.
Jouir de la chaleur du temps.
Accueillir la douceur de la vague.
Poursuivre inlassablement.

Repas sains et variés.
Cuisine française, italienne,
asiatique, américaine.
Fruits exotiques à satiété.

Agora cerclée de colonnes ioniques
habillées de lumière.
Féérie nocturne.
Place au spectacle.

Voûte céleste étoilée.
Enveloppante chaleur d’éternel été.
D’élégantes jeunes filles
offrent sourires et consommations.

Demain, retour au pays.
Endosser le manteau nordique.
Retrouver notre hiver frisquet au dehors,
mais chaud et plein de vie en dedans.

Intermède bénéfique.
Énergie renouvelée.
Le jeune homme est content
La madame aussi !

dimanche 19 février 2012

Chrysalide

Du plus loin que je me souvienne, je ne me voyais pas vivre toute ma vie sur une ferme. Des huit filles de ma famille, seule Cécile y songeait et en parlait souvent. Herboriste, amante de la nature, la terre pour elle était sa vocation.

Moi, je ne me suis jamais sentie attirée par ce genre de vie. Durant l’été j’apportais bien ma contribution à certains travaux par devoir filial. Je me sentais bien dans le cocon familial, mais j’étais sûre qu’un jour la chrysalide que j’étais s’envolerait vers un ailleurs.

En cherchant aujourd’hui d’où me venait cette certitude j’y vois plusieurs facteurs.

Déjà enfant, contempler les images d’œuvres d’art rapportées d’Europe par mon grand-père me fascinait et me faisait rêver.

Ma mère, pédagogue, avait consciemment ou pas détecté chez moi des aptitudes créatrices par ses phrases valorisantes lorsqu’elle me confiait certaines tâches : « Il n’y que toi pour faire un si bel arrangement floral ». Ou encore : « Si je te confie la décoration de ce gâteau c’est que je suis sûre qu’il sera superbe ».

Autre facteur déterminant, ce fut ma découverte du monde de la création à l’été de mes seize ans avec le pageant du tricentenaire de la découverte du Lac Saint-Jean. Tous les arts de la scène y étaient réunis. C’est par la danse que j’y participais. Le chorégraphe, Maurice Lacasse Morénoff avait détecté chez moi un certain talent et m’avait même invitée à venir à Montréal suivre des cours de ballet à son école. Proposition péremptoirement rejetée par mon père qui n’y voyait que le spectre de la damnation.

Pour mon salut, ce fut ce même été que je connus Claude, mon futur compagnon de vie. Nous nous aimions et partagions ensemble la passion pour tous les arts : littérature, danse, théâtre, cinéma, musique, peinture, sculpture. Progressivement sa confiance en moi a poussé la chrysalide que j’étais à prendre son envol vers le monde de la création qu’inconsciemment je désirais depuis toujours.

dimanche 5 février 2012

Similitude

Qui aurait dit que le torride Sahara me ferait penser au lac Saint-Jean en hiver ?

Lors d’un voyage en Tunisie je découvre le désert du Sahara. Des bédouins offrent aux touristes une ballade à dos de dromadaire. Exotisme pour la Saguenéenne que je suis. Je succombe et accepte l’expérience.

Pour me protéger du soleil, le chamelier me coiffe d’un long foulard bleu drapé comme le turban des touaregs. Il me présente ensuite ma monture, un placide camélidé à la robe fauve, genoux fléchis, prêt à m’accueillir. Une fois montée en selle, je dois m’accrocher solidement au pommeau, sinon, gare à moi quand la bête se lèvera. Son mouvement de balancier risque de me propulser tête première.

Me voilà haute perchée devant un paysage infini. La caravane avance en silence. Je n’entends que le son amorti par le sable des pas de ma bête. Je laisse mon corps se mouvoir au rythme berçant de l’animal. Mon esprit atteint une douce sérénité. Je suis bien, tout à la contemplation de cet immense espace ponctué de dunes sculptées par le vent.

Je ressens soudain une impression de déjà-vu. Une image lointaine à mes yeux se superpose. C’est le lac Saint-Jean en hiver de mon enfance couvert à l’infini de congères. Même immensité, même silence, même désert… sauf de blanc et de froid.

lundi 30 janvier 2012

Dîner

Je vous attendrai dimanche pour le dîner comme on dit en France.

C’est par ces mots que je terminais mon courriel à ma nièce Manon en visite au Québec avec son époux Jean-Luc.

Manon vit à Paris. C’est une chouette fille qui garde toujours des liens solides avec son Québec d’origine et sa famille. J’ai le privilège de compter parmi ses correspondantes assidues. Elle m’appelle « Tyvonne » en souvenir de la consonance « Tant'Yvonne » de son enfance. Mignon!

Cette fin de semaine-là nous devions être en Charlevoix avec des amis et en revenir dimanche après-midi. De là, mon invitation pour le repas du soir. Je croyais avoir été claire en précisant « pour le dîner comme on dit en France ».

Il fait un temps superbe en ce dimanche matin en Charlevoix. Nous prenons le temps de jouir des derniers moments qu’il nous reste à partager avec nos amis et de savourer le copieux déjeuner servi dans l’auberge où nous sommes descendus depuis vendredi. Pas de souci. En rentrant à Québec en début d’après-midi nous aurons le temps de préparer de bons plats pour le souper.

En pliant bagages, je veux me rassurer en appelant chez la mère de Manon. C’est avec surprise que j’entends ma sœur dire :

Elle est en route vers Québec. Tel que prévu elle sera avec vous pour dîner.

Il est presque midi. Nous sommes à plus de cent kilomètres de la maison et je ne sais comment joindre Manon.

Coup de chance! Notre petite-fille Fanny, de passage à Québec pour un spectacle de Robert Lepage, loge chez nous. Je l’appelle. C’est une fille débrouillarde. Elle me rassure. Elle ira avec son copain François chercher des plats cuisinés chez un traiteur de la rue Cartier et accueillera nos invités en nous attendant.

Nous respirons mieux. Cap sur Québec.

À la maison, un arôme de tartes salées venant du four nous accueille. Sur le comptoir : salade, fromages, petits fruits de saison. La table de son côté est bien dressée. Tout est prêt. Il ne manque que les convives. Merveilleux enfants !

On sonne à la porte ! C’est Manon et Jean-Luc, désolés d’arriver en retard… Ces excuses déclenchent une rigolade de notre part. Il me fallait en expliquer la raison.

La tablée est joyeuse. Nous sommes ravis de les revoir. Fanny aussi, qui les a rencontrés récemment à Paris, tout heureuse de leur présenter François. On parle d’abondance.

Dans la conversation nous revenons sur la méprise du jour. Même si elle dîne le soir à Paris, ma chère nièce, lorsqu’elle est ici retrouve le lexique de son enfance et dîne le midi.

lundi 23 janvier 2012

Histoires de jaquettes

En vidant ma valise, au retour d’un voyage en France, je constate qu’il me manque une jaquette. Ma plus belle. Celle brodée, en fin coton, de style victorien.

Je ne sais trop où je l’ai oubliée, mais je pense que c’est lors d'une des dernières étapes : Aix ou Arles en Provence, ou Briançon dans les Hautes-Alpes.

Il est vrai que chaque hôtel possède bien notre adresse grâce à la fiche que Claude a rempli lors de notre arrivée, mais il est vrai également qu'aucun hôtelier d'expérience, tout honnête qu'il soit, n'oserait de son propre chef renvoyer des dessous féminins oubliés par un couple de voyageurs. Discrétion du métier oblige. Car faut-il le rappeler, il arrive parfois que certains couples mentent. J'imagine sans peine l'embarras du mari, comme ce malheureux homme contraint par ses affaires de s'absenter au loin quelques jours sans sa chère moitié, si un paquet contenant de pareilles frivolités était livré à son domicile.

Chéri, tu peux m'expliquer pourquoi on a trouvé cette jaquette dans ta chambre ?

Trêve de plaisanterie, je tente donc ma chance. J’écris aux trois hôtels où nous sommes descendus dans ces villes. Qui sait ? Le personnel de l’un d’eux l’a probablement trouvée ?

La chance me sourit. Quelques semaines plus tard je reçois de Briançon un colis contenant ma chemise de nuit, lavée, repassée et enveloppée de papier de soie. Un vrai cadeau!

Avec mes remerciements à l’aubergiste je promets de recommander chaleureusement Briançon et leur honnête auberge aux amis.

Briançon, ville d’art et d’histoire, inscrite au Patrimoine de l’UNESCO par ses fortifications de Vauban, vaut le détour.

Elle est si ensorcelante qu’elle me fit même perdre la tête.

***


Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre.

Ce temps où les hôpitaux n’étaient pas devenus des lieux de passages rapides. Par exemple lorsqu’on y accouchait, on y restait cinq ou six jours. On s’y amenait avec une petite valise contenant effets personnels et jaquettes.

La jaquette de l’hôpital (cette indécente fendue dans le dos) ne se portait que la journée de l'accouchement. Les jours suivants où nous nous reposions nous portions nos jolies chemises de nuit dès le matin pout la visite du médecin et autres visiteurs.

Je me rappelle qu'un jour à la maison j'avais oublié de prendre une jaquette avant d’aller au bain. Me sentant inconvenante de sortir nue devant les enfants, j’appelle Claude à la rescousse.

Veux-tu m'apporter une jaquette que tu trouveras dans le tiroir du milieu de la commode ?

Mon homme s’amène avec deux chemises de nuit et demande d’un air moqueur :

Celle pour le mari ou celle pour le docteur ?

mardi 17 janvier 2012

Pierres vivantes

Une pierre jetée dans l’eau fait des ronds à l’infini. Un projet de création le peut aussi. Pour preuve, le thème Pierres vivantes que j’abordais dans mon atelier en 1985 qui m’a menée beaucoup plus loin que je l’imaginais au départ.

Je peignais des portraits de femmes fictives en simplifiant la forme. Je les représentais dans des cadres ovales comme les photos anciennes.

Je parais chacune de pierre précieuse différente et peignais le fond de la toile en harmonie avec le bijou. C’est ainsi qu’une joaillerie digne de la place Vendôme élit domicile dans les rêves les plus fous de mon atelier : diamant, saphir, émeraude, rubis, jade, lapis-lazuli, topaze, aigue marine… Budget illimité !

En cours d’exécution, le hasard place sur ma route Jacques Lacroix, sculpteur-joaillier de Chicoutimi. Je ne peux résister à lui dire que je fais moi aussi dans les bijoux! Une idée lumineuse nait, une association possible entre lui et moi. Jacques visite mon atelier. La chimie opère. C’est parti! Jacques créera des joyaux en écho aux pierres de mes toiles.

De mon côté, je continue mon exploration. Mes belles parées, tout comme leur créatrice, cherchent à s’émanciper. Une première laisse voleter un ruban de sa chevelure à l’extérieur de l’ovale. Une deuxième s’y appuie en portant son regard au loin. Une troisième met nettement le pied à l’extérieur. Le pas est franchi. La pierre n’est pas que parure. Brute ou de taille, elle est témoin des civilisations.

Mes héroïnes entreprennent alors un long voyage. Elles visitent les plus beaux monuments du monde. Solitaires dans les premières toiles, les voilà maintenant devant ces chefs-d’œuvre de l’humanité que sont les grandes Pyramides d’Égypte, le Parthénon d’Athènes, le Tadj Mahall de l’Inde… Ce sont dix autres tableaux qui survolent l’Histoire grâce aux pierres travaillées par l’homme à travers les siècles.

En 1986 le Centre nationale d’exposition de Jonquière fait un événement du projet collectif de Jacques Lacroix et d’Yvonne Tremblay Gagnon sous le titre Pierres vivantes. À la présentation des toiles et des bijoux on y ajoute un autre élément important. Le département des sciences appliquées de l’Université du Québec à Chicoutimi prête les plus belles gemmes de sa collection.

L’exposition occupe les deux salles du centre. Les œuvres sont montrées de façon didactique. Devant chacun de mes tableaux accrochés aux cimaises un présentoir en plexiglas contient une pierre brute et tout à côté un joyau de même essence créé par Jacques.

Peinture, joaillerie et science réunies suscitent grand intérêt et attirent de nombreux visiteurs de tous horizons. Des écoles amènent des groupes d’élèves en autobus voir l’exposition. J’apporte souvent ma participation aux visites guidées. Les commentaires élogieux des visiteurs me ravissent. Il s’agit d’un grand moment dans ma carrière.

Qui aurait dit au départ qu’une toute petite pierre ferait autant de ronds dans l’eau ?

jeudi 12 janvier 2012

Refuge

C’était mon refuge à moi ; révélé à personne. Pas même à mes sœurs pourtant complices quotidiennes de nos jeux d’enfants. Il m’accueillait par temps chaud d’été.


Je l’avais découvert en cueillant des petites fraises. Difficile de dire quel âge j’avais. Peut-être six ans? Pas plus. En fait, ce n’était pas loin de la maison. Juste de l’autre côté du pâturage, adossé à la clôture en pieux de cèdres séparant notre propriété de celle du voisin. Mon petit nid s’inclinait au soleil vers une petite rigole roucoulante en contrebas.

J’avais plaisir de m’y allonger dans l’herbe chaude et d’écouter la musique de la nature! Une vie active s’animait autour de moi telle une symphonie inachevée. Une sauterelle dérangée par ma présence cliquetait en se sauvant. Une abeille tourbillonnait d’allégresse au dessus des trèfles gorgés de nectar. Tiens, un papillon jaune folâtrait autour d’une marguerite. Il ne manquait plus qu’une libellule gracieuse pour venir saluer la demoiselle que j’étais! En revanche, un colibri s’amenait faire du surplace devant mon regard.

D’autres bestioles plus impressionnantes osaient parfois me faire sursauter. Une grenouille coquette attirait mon attention par son coassement. Un mulot furtif filait à toute vitesse vers un autre repaire.

Chaque fois c’était un spectacle différent, une nouvelle chorégraphie que je gardais jalousement pour moi seule.


Ces moments privilégiés au soleil d’été demeurent à jamais le souvenir le plus poétique de mon enfance. J’en entends encore les vibrations, j’en hume toujours les odeurs et en perçois les couleurs.

Si on me demande d’évoquer un lieu paradisiaque, c’est à mon refuge que je pense. Je lui dois de m’avoir appris le côté bavard du silence, la vie autour d’un brin d’herbe et la beauté qui n’aspire qu’à être contemplée.